J'ai plein de choses à vous raconter.
L'article qui suit a été commencé le 28 septembre alors que j'étais à Moscou. Je le publie aujourd'hui avec plusieurs ajouts. Dans un prochain topo - je vous parlerai des vins produits en Russie.
C'est presque le retour. Comme je prends le métro, je ne mesure pas les km, mais par la route l'aéroport se trouve à 48 km de mon hôtel. Voici mon plan. Je me rends au premier métro à pied, 10 minutes, Baumanskaia. De là, je prends la ligne bleu. À un point, je transfère à la ligne jaune qui m'amène directement dans l'aéroport de Vnoukovo, un des trois aéroports de Moscou. Notez bien, ce trajet de 1h 2 min me coute 60 roubles, soit exactement un dollar canadien, sans risque d'embouteillage. Le métro est très étendu, ce qui veut dire qu'on pourrait partir de plusieurs autres points beaucoup plus éloignés et se rendre à Vnoukovo pour le même prix. Je vous laisse comparer avec l'accessibilité qui nous est offerte chez-nous pour se rendre à l'aéroport de Montréal.
La vidéo ci-dessus date de six ans, je l'ai intégrée ici pour ses premières images qui nous montrent la station de métro Baumanskaia. Vous remarquerez qu'aucun lampadaire est brulé. Pour ma part, j'ai pu constater que malgré qu'ils ne sont pas jeunes ile ne sont tous en bon état, pas de trace de vandalisme.
Dans une ville comme Moscou, le métro est vraiment excellent. Basé sur ma fréquentation limitée des lieux, toutes les stations du premier cercle et même jusqu'au deuxième semblent trôner au coeur d'un petit centre-ville en lui-même, avec ses places, ses immeubles en hauteur, des espaces verts et des boulevards d'une largeur surprenante. Comme j'ai beaucoup marché dans différentes parties de la ville, j'en ai vu plus d'une fois de ces boulevards bordés de bandes de verdure, elles-mêmes prolongées par un large trottoir. Ces grands boulevards découpent un peu la ville, des traverses piétonnes souterraines passent en-dessous. Celles que j'ai prises étaient toutes propres, larges et bien éclairées. Au choix, le piéton peut traverser en surface, où des feux piétonniers d'usage commun sont aussi à disposition.
De plusieurs endroits de la ville, on aperçoit les coupoles caractéristiques des églises orthodoxes. Elles ne sont pas que des reliques touristiques. J'ai vu ce dimanche un de ces temples, dans ce dernier cas modeste et même en manque d'entretien, des fidèles se presser à l'entrée. Ailleurs, à l'intérieur des cathédrales du Kremlin, évidemment hyper touristiques, j'ai vu des touristes, des nationaux j'imagine, se signer de la croix à plusieurs reprises. Les valeurs traditionnelles persistent en Russie. Elles ne sont pas annulées par le modernisme de la capitale.
Les téléphones portables sont littéralement partout et servent à tout. La vie quotidienne est très numérisée à ce que je vois. On présente son téléphone pour payer sur place ou son stationnement à distance et ainsi de suite, comme la location des bicyclettes et trottinettes, me confie un ami français
avec qui j'ai pris un café. Pour les téléphones et accessoires numériques, ce sont les mêmes marques que l'on peut voir au Québec : Apple, etc. Le même français de Russie, Alexandre Le Frussien, me raconte qu'il vient de se procurer un Samsung importé de Dubai, fabriqué en Asie donc et payé moins cher que s'il l'avait acheté en France. Mon propre constant, pour m'être arrêté plus d'une fois dans une boutique, la variété des marques offertes dépasse le choix que nous avons chez-nous, je ne blague pas.
Les sanctions contre la Russie dont on entend beaucoup parler depuis plus de deux ans ne se voient pas dans la vie quotidienne, en tout cas pour le touriste que je suis, qui ne peut comparer avec avant, évidemment. Ce que j'ai vu partout ce sont des étalages bien garnis dans les épiceries et les supermarchés et une quantité de produits de consommation de toute sorte qui se disputent une place dans les vitrines des magasins. Il y a peu d'espaces commerciaux vacants, peu d'affiches "À louer", et ça construit toujours... Il n'y a pas de pénurie que j'aurais pu constater, le consommateur est de sortie et il dépense. Les sanctions ont sûrement leurs effets à quelque part, on ne peut en douter, mais elles ne sont pas en train d'étrangler le consommateur ou le pays.
En fait, tout bon capitaliste, et la Russie soviétique n'est plus, on a appris vite à faire du commerce lucratif et à intégrer le mode de vie qui est propre à la société de consommation.
Du reste, on ne peut pas empêcher le commerce. Une vérité déjà connue du temps des caravanes...
En résumé, si je simplifie tout et que je reviens sur les sanctions, dans la communauté des pays du monde il y a de bons commerçants et de moins bons, des groupes de pays prennent de bonnes décisions et d'autres pas. En ce moment, la situation est simple, ce qui transitait massivement par l'Europe et les États-Unis vers la Russie transite maintenant par d'autres pays. Certes, on a pu faire un embargo toujours éprouvant aujourd'hui contre Cuba, une petite île dépourvue de ressources au large de la Floride, mais comparaison n'est pas raison. Il n'est pas possible d'enclaver un pays de la taille d'un continent, un pays qui s'étend sur onze fuseaux horaires. La Russie a certes besoin d'importations mais, à son tour, elle profite d'une demande qui se maintient pour ses propres produits. Naturellement, elle exporte ses spécialités, comme la technologie nucléaire qu'elle maîtrise très bien; son gaz et son pétrole, on le sait tous, mais aussi des céréales, des engrais et ainsi de suite. Dans le Sud (Krasnodar, pourtour de la mer noire, Sochi), elle produit des légumes et des fruits pour le marché intérieur et c'est aussi là que la production des vins est concentrée. J'ai dit Sochi, ville quasi tropicale qui attire le tourisme intérieur et extérieur. Avant les sanctions, les Russes partaient pour Londres et Paris en masse, aujourd'hui ils découvrent davantage leur propre pays. L'extrême orient russe est en essor, on y construit non seulement des infrastructures touristiques mais aussi de nouveaux pôles d'attraction modernes capables de garder sur place la population éloignée en quête de toutes les commodités des grandes villes : universités, grands stades, etc.
Je n'aurai jamais vu nulle part qu'à Moscou un assortiment aussi grand de voitures venant de toutes les parties du monde. Quand on observe et qu'on ajoute à ça les poids lourds et utilitaires, on voit rassemblé tout l'éventail de la locomotion mondiale. Il est vrai que j'habite à la campagne et, comme je ne me déplace pas si souvent il se peut que mon jugement soit légèrement faussé. Je ne suis pas en train de dire qu'il ne roule que des belles et neuves, pas vrai, mais beaucoup font envie. Et d'évidence, les Russes sont friands de belles bagnoles. Ils ont un côté très consommateur. Je ne nommerai pas trop de marques, ce serait un peu fastidieux. Je mentionnerai seulement Tesla, Cadillac, toutes les allemandes, Skoda, Peugeot et tous les modèles asiatiques, y compris les chinois. J'ai pris quelques photos. Comme dans bien d'autres grandes il y a ces autos à la demande, du genre "commune auto", et des bicyclettes électriques qui semblent être là pour tout le monde, moyennant inscription et paiement à la carte, si j'ai bien compris l'affaire. Il y en a beaucoup. Bref, sans parler du matériel lourd et utilitaire qui circulent aussi, tout l'éventail de la locomotion a son petit créneau à Moscou.
Moscou n'est pas la Russie, c'est comme dire que Montréal n'efface pas Saint glin-glin. Les disparités régionales sont à la grandeur du pays, considérables. En dehors de Moscou et Saint-Pétersbourg, les deux villes phares, des pôles de développement répartis sur le territoire sont en construction pour garder en région des populations qui voudraient, faute d'avenir palpable partir pour Moscou. C'est une histoire que nous connaissons aussi chez-nous. Je tiens ça de mon ami franco-russe qui revient de Omsk, une ville du Sud de la Sibérie. Il faut savoir qu'il n'y a pas en Russie de filet de sécurité sociale qui vous tient par la main du berceau jusqu'au trépas. L'hospitalisation est couverte mais pas les médicaments, certains s'en privent. J'ai vu déjà dans des reportages des villages isolés qui ne paient pas de mine. Autrement dit pauvre comme avant, comme si le temps s'y était arrêté.
